La
musique intérieure de Ferrato
Il y a en Georges FERRATO un mystique.
Sa vision intérieure est nourrie d’un émerveillement
devant la vie : la nature d’abord, celle de Provence
avec son ciel omniprésent ou force et douceur
se mèlent si évidemment, et la terre nourrie
d’un magnétisme éclatant. Le tout
est lumière, atmosphère et couleur. Il
y a ensuite les hommes au destin si incertain, mysterieux,
dont les passions et les intérets s’ecoulent
selon un chemin dont le fil est fait de recherche et
d’intérogations. Le tout est trait. Enfin,
il y a la rencontre de l’homme et de la nature,
là se situe la forme.
La peinture de Georges FERRATO est faite de tout cela.
De larges aplats de matière colorés impriment
un rythme à la toile, rythme de fond, mouvance
tellurique, océanique. Et puis la main trace
une ligne brisée, définissant un itinéraire
heurté, chaotique et néanmoins magiquement
harmonieux.
Il y a cet instant ou une force jaillit, se manifeste
et disparait. Seul reste le tableau, témoin du
jeu de la vie, opérant dès lors son propre
charme sur le spectateur.
Francois MAJAULT
Georges FERRATO a fréquenté les écoles
de la vie et de l’art dans le cadre enchanteur
de la campagne provençale avant de trouver –
à travers le corps à corps avec la peinture
– cette grâce, mais aussi cette assurance
qui habitent aujourd’hui une oeuvre qui va son
chemin d’harmonie et d’équilibre,
retenant et restituant, en des compositions vibrantes
et raffinées, les structures sensibles de l’univers.
Si l’oeuvre peinte de Ferrato, qui a trouve sa
véritable dimension au debut des années
80, s’est imposée naturellement –
sans fracas mediatique ni opération promotionnelle
organisée ! – tant en France qu’à
l’etranger (l’artiste est régulièrement
présent aux cimaises de galeries belges, luxembourgeoises
et suédoises), c’est tout simplement parce
qu’il est parvenu à faire entendre et partager
cette musique interieure dont Van Gogh parle dans ses
lettres.
Joseph-Paul SCHNEIDER
UN EQUILIBRE ENTRE L’ILLUMINATION
ET LES OMBRES
Quand Tanizaki Junichiro écrit
que l’on trouve « la beauté non seulement
dans la chose elle-même, mais dans le tracé
des ombres, la lumière et le foncé que
cette chose produit » cela nous rappelle immédiatement
les tableaux récents du peintre Georges Ferrato.
Illustrant les influences contradictoires de la lumière
en Provence, tantôt délicate et harmonieuse,
l’instant d’après très affirmée
et d’une expressivité éclatante,
les tableaux reflètent un profond respect pour
un équilibre entre l’illumination et les
ombres.
A première vue, mystérieusement impénétrables,
tout en devenant simultanément, pour celui qui
les regarde, tout à fait familiers et agréables,
il y a une intensité rythmique quant à
la surface, qui se retire dans un tumulte silencieux.
Cependant, ce n’est pas tant un vide qu’un
dialogue interne que l’on pourrait décrire
comme une cacophonie de silence : l’œuvre
exprime, pour citer le poète Teodore Roethke
« le calme éternel au cœur de la forme
».
Alors qu’à la surface les œuvres résonnent
avec la confluence de la lumière, de l’atmosphère
et de la couleur, ces dernières sont toutes amenées
à l’équilibre par une attention
à l’organisation qui est éminemment
architectonique sans être nécessairement
logique dans sa structure.
Tout en transcendent l’aridité impersonnelle
du cubisme, alors qu’il réussit cependant
à fractionner avec subtilité tout plan
discernable à l’intérieur de la
composition de la surface.
Monsieur Ferrato crée des vues d’un romantisme
doux qui sont tranquillement attirantes et clairement
poétiques.
Très proche de l’œuvre de Paul Klee,
monsieur Ferrato cherche à meler de complexes
pensées conceptuels
Avec des aspects des émotions humaines plus indéterminées
en une union de rythmes harmonieux.
Cependant, au-delà de ses affinités avec
la sensibilité orphique de Klee, on peut aussi
détecter un attachement aux grands principes
du Bauhaus, et de façon plus spécifique,
la croyance en la primauté de ce que l’on
ne peut qu’appeler « un langage international
de la forme ».
De plus,
L’impacte d’autres propositions capitales
du Bauhaus est aussi apparent immédiatement dans
d’autres aspects des nouveaux tableaux de Georges
Ferrato.
Ceci est particulièrement remarquable dans son
utilisation de l’approche que Lionel Feininger
a de l’espace, en tant qu’un élément
concret de composition, aussi bien que l’application
de Kandinsky à harmoniser ses structures élémentaires
et ludiques à l’intérieur de l’atmosphère
qui les contient.
Dans “Le Paysages et la nuit associés”,
par exemple, tandis que les formes de calligraphie incisées
se projettent vers le spectateur de manière frappante,
elles se nichent au même moment avec douceur dans
le fond couleur de terre.
Cet effet est encore mis en valeur par l’utilisation
affirmée de coup de pinceau qui tire le regard
au-delà de la surface, tandis que des zones de
l’image centrale elle-même, sont remplis
de tons sombres qui relient encore plus le premier et
l’arrière plan.
C’est vrai aussi de l’œuvre intitulée
“Le ciel s’est retiré” qui,
malgré une utilisation de la couleur plus joyeuse,
manifeste la même approche détendue et
pourtant très structurée de la composition
de l’espace.
En cela il est tout à fait typique du sens extrêmement
raffiné qu’a l’artiste du rythme
et on ne peut s’empêcher de penser à
la description que fit Albert Skira de Klee quand il
parlait d’une véritable polyphonie, avec
des lignes qui partent indépendamment les unes
des autres, se rencontrent, s’unissent et se séparent
à nouveau, fondues, réconciliées
et renforcées par la couleur, tout comme en musique
l’harmonie contribue à la mélodie.
Eric Ernst
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